Résines UV, fibres synthétiques, tinsels holographiques, matériaux fluorescents…
Le montage moderne offre aujourd’hui des possibilités extraordinaires.
Et pourtant, sur mon étau, je reviens sans cesse aux matières naturelles.
Plumes, poils, soie, quills, dubbings naturels, peccary, catgut…
Certaines sont utilisées par les monteurs depuis des décennies, parfois bien davantage.
Elles pourraient sembler dépassées face aux matériaux techniques dont nous disposons aujourd’hui.
Elles ne le sont absolument pas.
Une matière qui n’est jamais parfaitement régulière
C’est probablement ce que j’aime le plus dans le naturel.
Prenez deux fibres synthétiques provenant de la même pochette : elles seront pratiquement identiques.
Prenez deux poils, deux fibres de plume ou deux brins de peccary : ils ne le seront jamais complètement.
Le diamètre varie légèrement.
La couleur aussi.
Une fibre peut présenter une transparence différente de sa voisine ou une petite irrégularité.
Pour celui qui cherche une mouche parfaitement calibrée, cela pourrait être considéré comme un défaut.
Pour moi, c’est exactement l’inverse.
Un insecte naturel n’est pas parfait non plus.
Une mouche sèche dans une boîte et cette même mouche immergée peuvent être deux choses complètement différentes.
C’est particulièrement vrai avec les matériaux naturels.
Certaines fibres deviennent translucides lorsqu’elles sont mouillées. D’autres foncent. Les poils se regroupent puis se séparent au gré du courant. Une plume extrêmement discrète à sec peut prendre énormément de vie une fois immergée.
Et c’est là que le matériau devient vraiment intéressant.
Lorsque je choisis une matière, je ne regarde donc pas uniquement ce qu’elle donne sur l’étau.
J’essaie d’imaginer ce qu’elle deviendra dans la rivière.
Le mouvement plutôt que la perfection
Nous cherchons souvent à reproduire un insecte avec énormément de précision.
Mais une truite ne regarde pas notre mouche posée dans la paume de notre main.
Elle la voit dériver.
Elle perçoit une silhouette, un volume, une couleur, une transparence et surtout des mouvements.
Les fibres naturelles possèdent justement cette capacité extraordinaire à réagir au moindre courant.
Quelques barbes de plume ou quelques poils bien choisis peuvent parfois apporter davantage de vie qu’un montage extrêmement sophistiqué.
C’est aussi pour cette raison que certaines mouches inventées il y a plusieurs dizaines d’années continuent à prendre du poisson aujourd’hui.
Les matériaux étaient simples.
Mais ils étaient vivants.
Peccary, catgut, plumes… redécouvrir des matières oubliées
Travailler avec des matériaux naturels, c’est aussi découvrir — ou redécouvrir — des matières utilisées par les générations de monteurs qui nous ont précédés.
Certaines sont devenues difficiles à trouver.
Le peccary naturel, par exemple, possède une structure remarquable permettant de réaliser des corps très fins et fortement segmentés.
Le catgut, historiquement utilisé notamment comme fil de suture, devient translucide une fois préparé et permet d’obtenir des corps de larves particulièrement intéressants.
Les plumes naturelles offrent quant à elles une diversité presque infinie de textures, de nuances et de mobilité.
Ces matériaux demandent parfois davantage de préparation et sont souvent moins réguliers que leurs équivalents modernes.
Mais c’est précisément ce qui les rend passionnants à travailler.
Ancien contre moderne ? Certainement pas.
Je n’oppose absolument pas les deux.
J’utilise aussi des résines, des fibres modernes, des matériaux irisés ou fluorescents lorsqu’ils apportent quelque chose au montage.
L’intérêt est justement de pouvoir mélanger les époques et les techniques.
Un matériau utilisé depuis cinquante ans peut parfaitement côtoyer une résine UV récente sur la même mouche.
Le montage évolue ainsi depuis toujours : on conserve ce qui fonctionne et on expérimente avec ce qui apparaît.
Le matériau n’est jamais choisi au hasard
À l’atelier FishLikeAgirl, choisir une matière ne consiste donc pas simplement à chercher une jolie couleur.
Je regarde sa finesse, sa mobilité, sa transparence, sa réaction lorsqu’elle est mouillée et la manière dont elle va modifier la silhouette générale de la mouche.
Certaines matières restent.
D’autres disparaissent après quelques essais.
Et puis, de temps en temps, j’en découvre une qui ouvre immédiatement une multitude de possibilités.
C’est probablement l’une des choses que je préfère dans le montage.
Même après avoir noué des centaines de mouches, il reste toujours une nouvelle matière à découvrir, une ancienne technique à comprendre et une nouvelle idée à essayer sur l’étau.
Et quelquefois, pour imaginer les mouches de demain, il suffit simplement de regarder ce qu’utilisaient les monteurs d’hier........
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